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Villeneuve sur Tarn, d'hier à aujourd'hui

Mise en ligne de vieilles photos et cartes postales anciennes du village de Villeneuve sur Tarn, commune de Curvalle, Canton d' Alban, Communauté des communes des monts d' Alban et du Villefranchois, Département du Tarn

6 - L' histoire de Rainer BRAUN

René TAILLANDIER survécut et rencontra l’amour…

Une autre « enfant de la guerre » s’arrêta elle aussi à Villeneuve pour regarder les vieilles photos exposées et Pascal la mit en relation avec Rainer. Elle écrivit l’histoire qui va suivre et que nous acceptons de publier pour elle sur notre blog. Nous laissons donc à Patricia ANDRIEU la responsabilité de ses recherches et le plaisir de s’exprimer. Son récit nous renseigne sur le devenir de René TAILLANDIER car c’est lui qui fut pendant quelques années un enfant de Villeneuve sur Tarn.

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Histoire raconté par Patricia Andrieu

C’est l’histoire de Rainer BRAUN rencontré à Villeneuve-sur -Tarn

Enfant de la guerre, né en 1945, Rainer BRAUN est le fruit d’une liaison amoureuse entre une jeune fille allemande Sekunda HAUSER (19 ans) et d’un prisonnier du stalag de Villingen : René TAILLANDIER.

René Taillandier naquit à Villeneuve-sur-Tarn en 1913. Il grandit dans la campagne du Tarn et part faire son armée. Il va ensuite travailler et fonder une famille. Il aura deux enfants jusqu’au début de la guerre.

René Taillandier sera enrôlé dans l’armée française pour combattre l’envahisseur à l’heure de l’offensive dramatique dès le mois de mai 1940.

C’est la fameuse débâcle en 1940 (entre mai et octobre, l‘offensive allemande précipite plus de 10 millions de civils sur les routes de France) et des millions de soldats sont faits prisonniers. Une vague terrifiante de massacres accompagnés de suicides en masse sont à déplorer ; l’armistice est signé le 22 juin 1940,  mais cela ne veut pas dire que la guerre soit terminée ! Dans le Tarn, durant l’été 1940, plus de 6000 prisonniers sont déportés, tous ne reviendront pas...et les autres ne reviendront qu’au bout de cinq longues années de souffrances physiques et psychiques... Beaucoup de soldats déportés étaient déjà chefs de famille, obligés de laisser femme et enfants pour de longues années...

C’est à cette époque que le soldat René Taillandier est fait prisonnier. Il a 27 ans et est envoyé au stalag: un camp de prisonniers de guerre à VILLINGEN en Allemagne dans la région du Baden-Wurtemberg. René sera prisonnier pendant cinq longues années en tant que travailleur forcé comme ouvrier au sein d’entreprises de bois.

Plusieurs stalags, oflags, pour plus d’un million de soldats français et des civils français faits prisonniers, enrôlés dans le but d’enrichir de leur main d’oeuvre la nation allemande.

En effet, 2 millions d’hommes et de femmes français sont transférés en Allemagne pendant la guerre, dont un grand nombre furent affectés dans les STO (service travail obligatoire).

Dans ces stalags, il fallait résister, ne pas trop penser pour ne pas souffrir, mais surtout résister en se noyant dans les travaux imposés par les bourreaux.

On assistait à la mise en pratique systématique d’un modèle d’ « Ordnung » totalisante validé par le Maréchal Pétain âgé de 84 ans et par son régime de Vichy infiltré dans toutes les préfectures et les gendarmeries...pour enchaîner pendant des années des hommes destinés à travailler pour la seule Allemagne et à éliminer toutes les personnes suspectées de ne pas servir les intérêts de l’Allemagne. Alors que cette guerre ne fut que la totalité criminelle allemande pour orchestrer le génocide sur des millions d’êtres vivants, la plupart jetés dans la fournaise, la torture et les expérimentations, laissés morts de faim, de froid, de travail forcé dans les camps de la mort. Il y avait aussi près d’un million de prisonniers français forcés de travailler pour l’ennemi, avec l’aval du gouvernement français de Vichy et les collaborateurs en tout genre introduits dans les rouages des administrations.

René le prisonnier du stalag a été choisi par des commerçants de Spaichingen ; en effet les entrepreneurs de Spaichingen et des environs venaient se servir de la main d’œuvre gratuite parmi les prisonniers des stalags de Villingen, un vrai marché aux esclaves...

Pendant les deux dernières années de sa captivité, René est affecté auprès de l’entreprise HAUSER, les conditions sont plus douces mais là aussi ce n’est jamais la liberté, il faut toujours rendre des comptes ... et toujours s’appliquer à la tâche, être irréprochable, ne pas se faire remarquer pour sauver sa vie...

Toujours dans le silence de la famille en France , aucune possibilité de fuir sans argent, sans connaitre la route, sans repères ... et la barrière de la langue et la peur permanente d’être fusillé , éliminé comme tous les autres ...

Dans cette drôle de vie de prisonnier, René savait qu’il fallait tenir pour qu’enfin il puisse croire à la liberté, mais cela était ô combien difficile dans ces conditions lourdes, oppressantes, où tout est contrôlé, surveillé, épié, où vous ne savez pas quand vous serez libres ou si vous allez mourir...

Cinq longues années déjà à ne plus penser, pour taire la souffrance ...pour taire les souvenirs cruels ...et la liberté inimaginable...

Un jour cependant, défiant les oppressions, toutes les réserves, le non-pouvoir, après d’innombrables et longues journées sans amour, sans tendresse, René a craqué... obsédé par l’impossibilité d’être un homme libre, il a craqué parce ce qu’il n’en pouvait plus de cette guerre ignoble où on ne peut agir pour sa liberté, où les morts vous parlent à demi-mot ...

René a rencontré la fille de son employeur. Elle est jeune, rayonnante, il est plus vieux, il sait qu’il ne doit pas, qu’il ne peut pas, mais Sekunda est amoureuse.

Ils s’offrent à présent des moments de paix...

Sans que personne ne puisse rien savoir, ni rien découvrir ...

Les jours passent, la vie s’accélére, René et Sekunda s’aiment.

Mais le jour de la libération sonne, les prisonniers partent aussitôt, c’est la liberté !!!

Seulement Sekunda est tombée enceinte, mais Il est trop tard car René est parti en mars 1945 et Rainer est né en novembre de la même année.

...

Dans l’Ordnung ( l’ordre )«  Arbeit macht frei ( le travail rend libre) », René savait :

« En Allemagne, ces relations sont bien plus risquées, car là elles ne sont pas seulement une atteinte à la morale matrimoniale et à la bienséance patriotique, elles sont un crime contre la « race aryenne ». Très bien documenté par les dossiers judiciaires des stalags, ( Fabrice Virgili, Naitre ennemi . Les enfants de couples franco-allemands nés de la seconde guerre mondiale.) »

Rainer est né de l’amour, portant le nom de son père, et en chérissant son enfant, Sekunda a témoigné de son amour profond pour René

... Au mépris des lois, au mépris du sort réservé aux prisonniers de guerre.

Les deux jeunes gens se sont aimés, de leur union est né Rainer en novembre 1945, il ne connaîtra jamais son père parti dès la libération rejoindre les siens, et sa mère Sekunda cherchera en vain à retrouver les traces de son amoureux en lui envoyant des lettres qui resteront toujours sans réponse...

 

RAINER

 

Or , avoir une liaison avec l’ennemi , c’était le risque de se retrouver dans les camps de concentration pour l’ homme , et pour la femme d’être rejetée, tondue, bannie par les siens...

René Taillandier a retrouvé les siens dont une enfant, Thérèse, qu’il n’a jamais vue, qui est née pendant sa détention et qui a maintenant 5 ans. Les retrouvailles sont particulières avec tout ce que l’on rapporte dans les bagages après tant d’années.

Tout n’est pas gagné, car on sait que les captifs de retour dans leurs pays endurent des troubles psychologiques très importants qui sont dus aux traumatismes de cinq années d’absence forcée. Les symptômes les plus souvent évoqués sont la mélancolie, les crises d’anxiété, l’hypersensibilité, les cauchemars, les larmes refoulées... Chez René s’y ajoute la douleur de ne plus jamais revoir Sekunda !

Les dégâts sont là, des êtres déchirés, des hommes et des femmes en perte de repères sur le bien ou le mal, des enfants français et allemands malmenés par les non-dits, les secrets voulus par cette guerre maudite laissant des cicatrices pour des générations ....

L’histoire de Rainer s’est construite sur le socle des secrets gardés par sa famille.

Rainer a grandi dans la seule Allemagne, porté par le secret étrange et douloureux de sa naissance, porté par la honte d’être né de l’ennemi, rongé par le non-dit pendant des années interminables...

Rainer est né en novembre 1945 en Baden- Württemberg en zone d’occupation française, sa mère a caché les origines de l’enfant à sa famille, et l’enfant est né de père inconnu.

Rainer a reçu le nom de l’époux de sa maman en 1952 date de leur mariage, il est appelé désormais Rainer BRAUN.

Ce n’est que bien plus tard que Rainer se met à chercher dans les administrations, les registres, les archives, pour retrouver toutes ses racines : Rainer a 60 ans, sa mère en a 80.

Quand il avait 14 ans, sa mère lui apprenait que son père était français, parce que Rainer posait des questions suite aux remarques qu’il entendait ; cependant les réponses restaient évasives. Il n’a pas insisté car sa mère pleurait toujours quand il évoquait son père...

Rainer avait eu la chance de pouvoir bien travailler à l’école en cumulant les bonnes notes ; cependant dans la ville, certains savaient qu’il était français et adoptaient une attitude hostile à son encontre, en le regardant avec dédain.

Quand Rainer s’est marié en 1971, il a demandé à sa mère de lui révéler un peu plus au sujet de son père. Elle lui a alors donné les lettres et documents sur René Taillandier, parmi lesquelles, il y avait la photo provenant du stalag, et là, à sa grande stupéfaction, Rainer découvrit que son père était un prisonnier de guerre français et non un soldat de l’occupation comme Sekunda l’avait toujours prétendu.

Sa mère avait écrit de nombreuses lettres à René Taillandier, lettres qui arrivaient en poste restante dans un petit bureau de poste français et la postière en avait informé Madame Taillandier, l’épouse. Celle-ci s’était empressée de découvrir ces lettres d’amour en provenance d’Allemagne.

Madame Taillandier avait alors eu peur pour son mariage et pour ses enfants, et c’est à ce moment-là que René avait juré de ne jamais retourner en Allemagne au mépris ce son désir profond de retrouver sa belle Allemande.

Il avait alors comblé son chagrin dans des aventures sans lendemain, en sombrant dans l’alcool.

René Taillandier est mort en 1985, il est enterré à Orval ( Cher).

Il n’aura jamais eu le bonheur de rencontrer Rainer, et aura- t-il comblé de bonheur ses enfants français ?

Rainer est parti pour connaitre l’histoire de René Taillandier, il parcourt la France afin de découvrir les pistes sur ce père dont personne ne sait où il a pu vivre et quelle était sa vie.

Rainer va retracer le parcours des ses différentes ramifications...

C’’est alors qu’il va rencontrer ses frères et soeurs français seulement en 1980. Sa soeur Thérèse avait 5 ans quand elle a vu son père pour la première fois, avec un sac dos, il revenait d’Allemagne... A son retour René a conçu d’autres enfants ...Mais c’est Didier le fils de Thérèse qui s’intéresse également au parcours de son grand père en Allemagne et de ses conditions de vie, il est très attaché à Rainer ...

C’est en se rendant dans l’adorable village de Villeneuve sur Tarn, c’est en scrutant les vielles photos de classe affichées sur fenêtres d’un Logis de France, qu’il aperçoit la bouille de son père René Taillandier.

ECOLE de Villeneuve sur Tarn en 1920 :

 

LES RETROUVAILLES

AU fil du temps RAINER s’est découvert plusieurs frères et une soeur

MAURICE DANS LES BRAS DE RAINER

DANIEL ET RAINER

 

RAINER AVEC SON NEVEU DIDIER

 

THÉRÈSE , RAINER ET SON ÉPOUSE

RAINER ET SON ÉPOUSE

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A
Bravo pour l’article de Patricia qui reprend l’histoire parfaite de la sombre histoire de notre histoire. Bravo pour ceux qui osent dénoncer les horreurs sque certains taisent encore et deforment la realite en posant encore des questions tels que les NEgationnistes !!! Un coeur pour Rainer
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C
Quel beau travail de recherche ! Merci pour ce partage !
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